Le Figaro Livres : L’ange et le possédé | Véra de Alexandre Skorobogatov

Astrid de Larminat

Un grand roman russe dont le héros est un mari torturé par le démon de la jalousie.

Un jour, un homme entre dans l’appartement de Nikolaï, un petit deux-pièces de l’époque kroutchevienne qu’il partage avec sa femme, Véra. Souriant, bien mis, l’homme vient rendre visite à Véra. Ils se parlent à voix basse, il lui embrasse furtivement les deux mains. Nikolaï les surprend mais se tait. Sergent Bertrand, c’est le nom du visiteur, revient, deux fois, trois fois. Nikolaï n’en peut plus. Il interroge sa femme, qui nie, ne comprend pas de quoi il parle. Alors Nikolaï frappe. « Véra pleurait et lui se retenait de toutes ses forces pour ne pas la frapper encore. En serrant les dents, il se contenta de la tirer par les cheveux et réussit à la relever. Elle était si belle. Il l’aimait tant. Si seulement, ne fût-ce qu’un instant, elle pouvait se représenter l’infinie douleur de son amour pour elle. »

Alexandre Skorobogatov force le lecteur à changer ses habitudes compassionnelles. Il le place d’emblée dans la peau et dans la tête d’un mari qui tabasse son épouse, en réalité parfaitement innocente. Du grand art : saisi d’effroi, on souffre néanmoins avec le bourreau de cette toute jeune femme, désarmante de bonne foi, de patience et de douceur, qui n’a qu’un défaut : sa beauté, une beauté céleste, qui affole les mauvais instincts.

Une beauté dangereuse

Comédienne, Véra passe ses journées au théâtre. Son salaire fait vivre le ménage. Nikolaï reste seul chez lui, il boit. Il est à la torture, en attendant le retour de sa femme, imaginant le pire. Parfois, Sergent Bertrand apparaît et lui tient compagnie. Oui, car en fait, depuis le début, c’est lui et non Véra que Sergent Bertrand vient visiter… Il parle à Nikolaï de sa femme, évoque sa beauté dangereuse. Il a la bouche humide, et il rit, il rit. Plus le roman avance et s’enfonce dans les ténèbres intérieures du personnage, plus ce rire devient envahissant, comme si le monde entier était une farce atroce.

Bien sûr, Nikolaï est fou. Il a quelques circonstances atténuantes : enfant, il fut témoin du meurtre d’une lycéenne dont il était amoureux ; lui-même a semble-t-il provoqué la mort de son fils… Il est fou, mais ses hallucinations finissent par se réaliser. Du moins, c’est ce que nous fait croire l’auteur qui glisse sans cesse d’un récit de vision ou de rêve à celui de la réalité, manipulant le lecteur comme Sergent Bertrand le pauvre Nikolaï. On en vient à ne plus chercher à distinguer le réel de la fantasmagorie. Cette distinction-là s’avère d’ailleurs secondaire. Le combat du mal contre le bien passe au premier plan. Le roman devient le lieu d’une dramaturgie dont Nikolaï et Véra ne sont que les jouets, un théâtre d’âmes mortes qui errent sur la terre, cherchant des proies parmi les vivants, de préférence parmi les plus désarmés, les garçons blessés, les jeunes femmes angéliques. Avec ce beau roman tragique, Skorobogatov, 45 ans, s’inscrit dans la grande tradition russe.

Véra d’Alexandre Skorobogatov, traduit du russe par Dany Savelli
Autrement, 118 p., 14 €.

Astrid de Larminat, Le Figaro Livres, 14/05/2009

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Le Nouvel Observateur – Bibliobs: «Véra», d’Alexandre Skorobogatov

PAR JENNIFER

Quand on parle de femmes brimées, on songe tout de suite aux Afghanes, aux Thaïlandaises, aux Somaliennes, etc. Mais qu’en est-il des femmes russes?

Il suffit de taper ces deux mots sur Google pour se rendre compte qu’à l’instar de leurs consœurs asiatiques ou africaines, les femmes russes et des pays de l’Est en général sont considérées comme de dociles objets à manipuler.

Dans son premier roman traduit en Français, Alexandre Skorobogatov décrit le quotidien de Véra, mariée à un homme alcoolique et maladivement jaloux.

Ce sentiment destructeur renforcé par le vice de l’alcool est rapporté par l’auteur avec une vérité et une brutalité criantes. Nikolaï ne supporte pas de voir sa femme s’épanouir avec d’autres personnes que lui et, lors d’accès subits de fureur, la frappe violemment. Il la frappe parce qu’il est malheureux, triste et impuissant face à un sentiment d’infériorité causé par l’extrême beauté de Véra. Et plus il use de sa violence, plus il craint qu’elle ne parte. Ce cercle vicieux intensifie les images paranoïaques qui hantent son esprit et les violences verbales ou physiques.

Face à Nikolaï, son ami Bertrand qui joue un rôle ambigu, vante la beauté de Véra mais aussi la force de Nikolaï: « Tu es un homme, tu as reçu la force. Tu as le pouvoir. Tu dois commander!» On sent pointer la critique d’une société brutale et machiste.

Coincée entre ces hommes, Véra ne s’exprime guère. Elle subit les insultes, les coups… et pardonne. Elle accepte même de quitter son emploi d’actrice dans un théâtre pour devenir balayeuse, car son mari ne supporte plus de la voir sur scène côtoyer d’autres hommes. Et quand elle s’exprime enfin, c’est pour défendre son mari et taxer les autres d’incompréhension.

Mais derrière cette histoire de jalousie et de femme soumise se cache une critique de l’époque soviétique. Certains hommes, comme Nikolaï, se noient dans la vodka, et doivent quand ils n’en ont plus payer un employé du supermarché pour en obtenir, car sinon, il faut faire la queue sans avoir l’assurance de pouvoir acheter quoi que ce soit. L’auteur nous montre le visage d’une société corrompue où il suffit de payer avec de l’argent ou avec son corps pour arriver à ses fins.

Un roman assez froid et des personnages pathétiques qui nous montrent un petit bout de cette réalité soviétique dont on parle, finalement, peu souvent.

J. S., Le Nouvel Observateur – Bibliobs, 12/05/2009

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Le Matricule des Anges: Véra de Alexandre Skorobogatov

par Virginie Mailles Viard

Quoi de commun entre Nikolaï le héros de Véra, Paul dans L’Enfer de Chabrol et Poprichtchine le petit fonctionnaire de Journal d’un fou de Gogol ?

Ils sont tous trois amoureux d’une femme, lancés à corps perdus dans la tragédie. Dans le cerveau de Nikolaï quelque chose a disjoncté, cette chose ténue qui permet d’évoluer dans la réalité des choses il l’a perdue définitivement. Quand sa femme Vera entrouvre la porte d’entrée de leur petit et sombre appartement — Nikolaï supporte difficilement la lumière — c’est, selon lui, pour éconduire à voix basse des amants. Dans son délire paronaïaque et schizophrénique Nikolaï a construit de toutes pièces un compagnon, le Sergent Bertrand, qui derrière les volutes de son cigare et le claquement sec de son briquet en or, aiguise ses souffrances Et Vera a beau crier que tout cela est faux, il le sait bien lui, que personne ne peut résister à une femme si belle, à une actrice talentueuse et populaire.

Le livre s’ouvre comme une pièce de théâtre où dès la première scène l’action est déjà enracinée et le destin en marche inéluctablement. L’histoire de Vera pourrait être juste celle d’une femme victime de la folle jalousie de son mari. Mais Alexandre Skorobogatov a mis en scène une subtile immersion dans les délires de son personnage, laissant au lecteur par instants de courtes bouffées d’air. Histoire de toucher du doigt la fragile frontière entre la réalité qui échappe à Nikolaï et les images qu’il fabrique si criantes de vérité. Le récit circule des mains du personnage à celles du narrateur, enchevêtrant les voix. ” Les portes des loges fermaient à clé, affirmait-elle, mais qui m’apportera la réponse à cette question : ferme-t-elle toujours la porte lorsqu’elle s’habille avant le spectacle ? (…) il ne la croyait pas : mensonge, mensonge… ” Après avoir furieusement démoli le partenaire de théâtre de Vera, Nikolaï exige qu’elle abandonne sa carrière d’actrice. Le huis clos mis en place, il peut être seul spectateur des frasques imaginaires de son épouse, et acteur principal de la destruction de leur couple. Jouant d’un travail de précision dans les visions de Nikolaï dans une écriture simple et détachée, presque laconique, Skorobogatov dessine le portrait déchirant d’un homme en proie à l’amour et à la folie.

VERA
d’ALEXANDRE SKOROBOGATOV
Traduit du russe par Dany Savelli, Autrement, 117 p., 14 €

Virginie Mailles Viard, Le Matricule des Anges, Numéro 102 – Avril 2009

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Le Magazine des Livres: Dialogue avec l’imposture. A propos de Véra, de Alexandre Skorobogatov

Par Stéphanie Joly

Nikolaï est marié à Véra et l’aime passionnément : presque trop sans doute tant son amour le rend prisonnier. Tandis qu’elle est actrice de théâtre, lui est au chômage. Tout semble s’écouler dans un quotidien discret et tranquille, pimenté de vodka, jusqu’à l’apparition de Bertrand. Bertrand a d’étranges manières : il s’introduit dans ce quotidien sobre et naturel au moment où Nikolaï s’y attend le moins et prend peu à peu possession de sa femme sous ses yeux. Nikolaï se sent impuissant face à l’absurde de cette situation, définition même de la mauvaise plaisanterie à laquelle on ne sait que répondre. L’homme va et vient entre la bouche de sa femme et le fauteuil du salon, où pour quelques instants, quelques cigarettes, et quelques verres de vodka il devient le confident insolite de Nikolaï. S’installe alors dans l’esprit du mari une étrange hiérarchie : Bertrand devient l’homme de toutes les confiances, et Véra l’objet d’une « infinie douleur », une femme qui n’est pas « digne de son amour ».

Alexandre Skorobogatov nous invite à un vaudeville funeste, où l’amour, conduit par le feu de la jalousie, métamorphose toute illusion en évidence, et toute bienveillance en trahison. Le meilleur ami de son personnage n’est autre que son pire ennemi : lui-même et ses halucinations. Nous sommes témoins d’une descente irrépressible vers la folie, orchestrée par des dialogues insensés avec « l’éventuel ». C’est ce qui fait la force de ce texte, qui se permet tous les points de vue et flirte avec l’absurde macabre que l’on reconnaît si bien dans la littérature russe.

Nikolaï dira à Bertrand, double imaginaire, confident imposteur mais seul ami : « il m’a semblé(…) que tu avais des trous à la place des yeux. » C’est cela : manifestation pure de la jalousie, son double fait de Nikolaï l’aveugle guidé par la déraison, l’homme perdant sa confiance au profit d’un doute malsain qu’il reporte sur ce qu’il a de plus cher. Pendant ce temps, l’imposture pleure des larmes invisibles, éclate d’un rire inaudible.

Cette plongée dans la folie est jubilatoire et fascinante : Bertrand ressemble au diable en personne, l’intention d’un geste est toujours incomprise, à la faveur du démon. Comme chez Dostoïevski, les conflits finissent par se régler à la hache. Apparitions et disparitions se succèdent avec une efficacité effrayante jusqu’au moment où le lecteur finit par croire en l’illusion et en l’absurde, et se retrouve face à ce mur, dressé par l’auteur, qui tel un rideau de plomb ne permet plus de jeter un seul regard sur ce théâtre foudroyant.

Véra, Alexandre Skorobogatov, Editions Autrement, 112 p., 14 €

Publié sous le nom de Léthée Hurtebise – Magazine des Livres n°20

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Femina Magazine: Véra, un roman d’Alexandre Skorobogatov

Nous sommes en Russie, sous Khrouchtchev. Un homme sombre dans la folie, convaincu que sa femme, actrice de théâtre, le trompe «comme elle respire». Il croit la voir nue sur scène, tous les hommes du public se repaissant de sa vue. Il lui interdit de sortir, se noie dans la vodka, vit dans la suspicion constante puis explose comme une marmite à pression.

Il faut dire qu’un mystérieux ami du couple joue les Méphistophélès et souffle le doute sur l’honnêteté de Véra. Cette femme trop belle doit sûrement renfermer la corruption charnelle et morale. Ce monologue intérieur prenant évoque l’absurdité des meilleurs écrivains de l’Est. Un petit chef-d’œuvre absurde et noir.

Véra, Alexandre Skorobogatov, Ed. Autrement, 116 p

Femina Magazine (Suisse), Edipresse Group, mai 2009

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Page des Libraires: Véra ou le nouveau Horla | Véra de Alexandre Skorobogatov

Histoire d’un amour fou, d’un amour malade où la jalousie, telle une bête infernale, ronge la lucidité de l’homme et lui fournit sa matière noire.

par Karine Henry

Partout où il regarde, elle est là, Véra, la femme éblouissante dont Nikolaï s’étonne encore être le mari, celui qu’elle dit aimer : un amour fou donc, mais un amour tragique, un amour pathologique. Car si l’homme s’étonne, soudain il en vient à douter mortellement. Or le lecteur vit cet amour depuis l’intérieur du crâne de Nikolaï, sans pouvoir y échapper, aussi est-il happé dès les premières lignes par la jalousie qui lui dévore l’âme et, peut à peu, dérègle son psychisme jusqu’à la folie. Une folie dangereuse car ses rages et violences sont d’autant plus grandes qu’irraisonné et irraisonnable est son amour, un amour tyrannique et paranoïaque. De qui est jaloux Nikolaï ? Quel mal lui fait Véra, la si douce et si discrète ? Rien ? Ou bien tout ce que dit voir et entendre Nikolaï ? Or toute la tension du roman tient en cela qu’il est impossible de trancher : le lecteur est condamné à voir le monde tel que le perçoit Nikolaï. Et l’auteur de pousser plus loin encore l’ambiguïté puisque certaines scènes imaginaires semblent si réalistes et indépendantes de la volonté de la représentation de Nikolaï qu’il semble que ses hallucinations portent en elles-mêmes leur propre réalisation. D’origine russe, A. Skorobogatov a écrit là ce qui pourrait devenir un nouveau Horla.

Alexandre Skorobogatov 
Véra 
Traduit du russe par Dany Savelli 
AUTREMENT 120 p., 14 €

Karine Henry, Page des Libraires, Mars 2009

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Le Figaro Livres : The Angel and the Possessed | Vera by Aleksandr Skorobogatov

Astrid de LARMINAT

A great Russian novel where the hero is a husband tortured by the demons of jealousy.

One day a man walks into Nikolai’s apartment — a small two room Khrushchev-era flat where he lives with his wife Vera. Well turned out, smiling, the man pays Vera a visit. They speak in hushed voices, he furtively kisses her hands. Nikolai sees them but doesn’t say anything. Sergeant Bertrand, the visitor, comes back two, three times. Nikolai can’t take it any more. He questions his wife, she denies everything and does not understand what he is talking about. So Nikolai hits her. “Vera was crying and he could barely hold back from striking her again. He lifted her from the floor by her hair, clenching his teeth. She was so beautiful. He loved her so much. If she could only — just for a moment — imagine the infinite agony of his love for her…

Alexander Skorobogatov forces the reader to change his ideas of compassion. From the start he puts him in the shoes of a husband who beats his completely innocent wife. This is great art: seized with fear, we still suffer with the tormenter of this young woman, who is trusting, patient, sweet and only has one defect: her beauty, a heavenly beauty which drives the baser instincts wild.

A dangerous beauty

Vera is an actress and spends her days at the theatre. Her salary supports the household. Nikolai stays at home and drinks. He is tortured, he waits for his wife to come back and imagines the worst. Sometimes Sergeant Bertrand turns up and keeps him company. In fact from the beginning Sergeant Bertrand came to see Nikolai, not Vera. He talks to Nikolai about his wife, and evokes her dangerous beauty. He drools, and laughs and laughs. As the novel progresses and sinks into the dark shadows of the character, this laugh becomes more invasive as if the whole world was an atrocious farce.

Nikolai is mad of course. There are some attenuating circumstances: finally he witnesses the murder of a school girl he was in love with; it seems he has provoked the death of his son… he is mad, but his hallucinations end up coming true. At least that is what the author would have us believe as he ceaselessly slides from vision or dream into reality, manipulating the reader just as Sergeant Bertrand manipulates poor Nikolai. You end up not being able to distinguish reality from fantasy. This distinction is only secondary. The fight between good and evil passes onto the front line. The novel becomes the stage for drama where Nikolai and Vera are only toys, a theatre of dead souls wandering on the earth, looking for victims among the living, preferably the most harmless, injured lads, angelic young women. With this beautiful tragic novel, the 45-year old Skorobogatov has carved a place for himself in the great Russian tradition.

Astrid de Larminat, Le Figaro Livres, 14/05/2009

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Le Nouvel Observateur – BibliObs: Vera, by Alexandre Skorobogatov

When we talk about wife abuse, we think straightaway about Afghanistan, Thailand, Somalia. But what about Russian women?

Just Google “Russian women” and you will find that, like their Asian or African sisters, women from Russia and Eastern European countries in general are considered as docile objects to be manipulated.

In his first novel translated into French, Aleksandr Skorobogatov describes the every day life of Vera, who is married to a pathologically jealous alcoholic.

The author describes the destructive feeling reinforced by alcohol with heart rending realism and brutality. Nikolai cannot stand seeing his wife flourish with other people and he beats her violently in sudden fits of fury. He beats her because he is unhappy, sad and powerless against the feeling of inferiority caused by Vera’s extreme beauty. The more violent he gets, the more he is afraid that she will leave him. This vicious circle intensifies the paranoid images which haunt his spirit and his verbal and physicalabuse.

Nikolai’s friend Bertrand, who plays an ambiguous role, praises Vera’s beauty but also Nikolai’s strength: “You’re a man, you have been given strength. You have the power. You should be in charge!” A brutal and macho society is laid bare.

Wedged between these men, Vera hardly expresses herself. She suffers insults, blows… and forgives. She even agrees to leave her job as an actress in a theatre to become a cleaner because her husband cannot bear to see her on the stage alongside other men. And when she finally expresses herself it is to defend her husband and accuse others of not understanding him.

But behind this story of jealousy and a submissive woman lurks a critique of the Soviet era. Some men, like Nikolai, drown themselves in vodka and when they run out they have to bribe a supermarket employee to get it for them — otherwise they have to queue with no certainty that they will be able to buy anything at all. The author shows us the face of a corrupt society where it is enough to pay with money or one’s body to get what one wants.

A rather detached novel, with poignant characters, that show a small part of the Soviet reality rarely mentioned.

J. S., Le Nouvel Observateur – BibliObs, 12/05/2009

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NRC Handelsblad: Religion is for wimps | Sergeant Bertrand (Vera*) by Aleksandr Skorobogatov

Sergeant Bertrand, a short novel by Aleksandr Skorobogatov (1963), was published in the Moscow magazine Joenost in 1991. In a recent interview with a Flemish periodical the writer related how the magazine editor had condensed the work to such a degree that he initially decided not to allow his work to be published. However, the writer Andrej Bitov, who teaches at the Moscow Institute for Literature, where Skorobogatov was once a student, and whose work, like Pushkin House, is also well-known in this country, managed to convince him that a new writer should never miss the opportunity to have his work published by a publisher with a wide circulation.

Naturally, the Dutch translation, which was published in Antwerp, includes all the passages that the editor deleted. Although many of them are erotic or cruel, you can’t help but wonder about the decision to omit them, as Moscow had already been flooded by a veritable wave of pornography for a number of years. Most of all however, you question the literary insight of a magazine editor like this who seems to miss the point that these passages are not merely an ineffective or destructive embellishment, but an essential component of the work itself. For they flow from the theme and play a key role in defining the oppressive atmosphere of perversity and obsession that is characteristic of the story.

In fact obsession is what Sergeant Bertrand is about. The introvert and inconspicuous Nikolaj, who drinks and has nothing to do, is married to a strikingly beautiful actress. One day he receives an unexpected visit from a certain Sergeant Bertrand whose insinuations about Vera’s attractiveness and the licentiousness that generally dominates the world of the theatre fuel Nikolaj’s jealousy. The Sergeant’s visits continue and gradually Nikolaj becomes a captive of his own fantasy. He spies on his wife, sees every man as her lover and repeatedly beats up both his so-called rivals and his wife. Through his paranoia he finally lands up in an institution for the insane and alcoholics, from which Sergeant Bertrand helps him to escape, before finally bringing the course of events to a disastrous end.

This is the story line that lies closest to the surface. Yet, it is but one of the many threads which together form a complex, maze-like web in which it is unclear what is real and what only takes place in Nikolaj’s diseased mind, where the boundaries between the various characters lie, or where the past ends and the present begins. Several motifs, such as the death of a newborn son ten years earlier, or the dream about a naked woman with sharp white teeth, invite a Freudian elucidation of the story in which Sergeant Bertrand personifies the unconscious (the Id) in man. Indeed, it is this interpretation most of the critics in Flanders have opted for and one that is justifiable to a certain degree. Nevertheless, I believe that they are ignoring one important point.

Devil

‘Nikolaj seeks God but instead finds the devil on his path’, — says the text on the book jacket. Just as Mephistopheles takes possession of Faust’s soul, so Sergeant Bertrand takes over the soul of the defenceless Nikolaj. He is responsible for Nikolaj’s distorted view of reality, he takes sadistic pleasure in harassing him, and revels in Nikolaj’s suffering and the evil that he generates outside himself.  He is the devil who destroys man and the world. There are too many indications in the story which suggest that its mystic and religious aspects are no accident. In the first place there is what I consider to be the central passage in the story — a passage which is placed precisely in the middle of the book and for good reason — in which Nikolaj finds himself in a church without knowing precisely what he is seeking. The atmosphere of holiness and the priest’s words only rouse his irritation and as he leaves the church he spits behind him. During the conversation following the visit to the church, Sergeant Bertrand ridicules religion as being something for wimps, and through his cunning words he truly gets Nikolaj irrevocably under his spell. In the battle between God and Satan it is definitely the latter who has the upper hand. Nikolaj’s wife, who embodies self-sacrificing love and increasingly resembles a martyr, actually dies a terrible death. It is not without reason that she is referred to somewhere as a ‘goddess’, and it is no coincidence that ‘Vera’ is the Russian word for ‘belief’.

It is not so much Freud who holds sway in Sergeant Bertrand, but Dostoevsky. Of course, the idea behind Sergeant Bertrand is on a far smaller scale than in Dostoevsky’s novels. It is a modest chapel compared to the monumental cathedral that Crime and Punishment for example is, or The Brothers Karamazov or The Demons in particularHowever, the characters and themes are clearly related to those of Dostoevsky, as well its mysterious, thriller-like atmosphere.

With this comparison I wish only to point out the richness of the novel rather than detract from Skorobogatov’s unique qualities. He makes no secret of his source of inspiration and in no way is he derivative. On the contrary, it has been many years since such an original work found its way from Russia to this country. It is such a relief, after the everyday routine and moral indifference has seemed to dominate contemporary Russian literature, to be transported to other realms of human existence. Most remarkably, Skorobogatov not only broaches different subjects than his fellow writers, but he writes exceptionally well. I read Sergeant Bertrand,in what is a near-perfect translation, in one sitting, and after I had finished it, it continued to hold me in its grip. It is an impressive debut that whets the reader’s appetite for more to come.

Helen Saelman, CS LITERAIR NRC HANDELSBLAD, 19-2-93


* «Vera» è l’adattamento italiano del titolo originale del romanzo «Sergeant Bertrand».

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De Standaard der Letteren: All consuming jealousy – Magic Realism by Aleksandr Skorobogatov

Jealousy is an insidious poison. It drives the main character in Aleksandr Skorobogatov’s novel ‘Sergeant Bertrand’ (Vera*) to madness and murder. Or is it all just a figment of his imagination? Skorobogatov does not say.

JOHAN DEPOORTERE

The world in the novels of the Russian writer Aleksandr Skorobogatov is a hallucinatory universe populated by demons and cruel, violent men. Their partners are self-sacrificing, gentle, stunningly beautiful women. It is a world in which the characters oscillate effortlessly between dream and reality, madness and lucidity.

We see this in Skorobogatov’s previously discussed book ‘Earth without Water’ (DSL 21.11.2002) and in his debut novel ‘Sergeant Bertrand,’ now reprinted by The House of Books. In ‘Sergeant Bertrand’ obsessive jealousy brings the main character to ruin. Nikolai is married to Vera, a beautiful, talented actress. He convinces himself that she is every man’s willing plaything. When he attends one of her performances he has a hallucinatory experience in which he sees her standing naked on stage. Nikolai’s love explodes into an all-consuming flame of jealousy fuelled by Sergeant Bertrand who is the main character’s sinister, Faustian, alter ego. The result is madness and murder.

This process in which characters split up and play various roles is one Skorobogatov finds deeply interesting and frequently uses in his work. It enables him to present the story from different viewpoints, thus creating a fascinating cycle of recurring events: Leonid murders the schoolgirl just as Nikolai kills his beloved Vera. Or perhaps not? The author gives nothing away and non-committal statements like ‘They say that…’, keep the reader guessing.

Skorobogatov has extensively revised his debut novel which dates from the early nineties. Nevertheless, the inspiration and background of the story are still closely associated with the turbulent beginnings of post-communism in Russia. The characters are tormented, traumatised figures in a world in which war and social disruption are a part of everyday reality. The text on the dust cover mentions Aleksandr Skorobogatov in the same breath as great masters like Dostoyevsky, Gogol, Poe and Polanski. Whether or not this is so is for the reader to decide. However ‘Sergeant Bertrand’ is without any doubt an absolute must for readers interested in Russian magic realism.

THE WRITER
 The Russian writer Aleksandr Skorobogatov (b. 1963) has lived in Antwerp since 1992. Apart from his first novel ‘Sergeant Bertrand’ he has published ‘Audience with the Sovereign’ and ‘Earth without Water’ in Dutch. He is regarded as one of the most remarkable post-communist Russian writers today.

Johan Depoortere, De Standaard der Letteren, 8 april 2004


* «Vera» è l’adattamento italiano del titolo originale del romanzo «Sergeant Bertrand».

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